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Au-delà du mythe

Si on aborde le sujet à son niveau le plus bas et par le point de vue le plus extérieur, une religion est quelque chose comme “la ritualisation d’une oeuvre littéraire”. La littérature, l’écriture inspirée, apparaît au fondement de la conscience spirituelle.  L’inconvénient de cette ritualisation : l’oeuvre n’est plus lue, mais récitée. La fin est devenue la reproduction plutôt que l’inspiration. Désormais, l’effort d’un lecteur digne de ce nom consistera à décortiquer le texte, à l’arracher de son écorce morte pour retrouver sa vie.

Toujours au premier niveau et vus uniquement de l’extérieur,  les évangiles nous présentent un mythe (comme toute littérature religieuse). Cependant, une particularité du peuple hébreu a consisté à ne jamais séparer le genre littéraire “mythe” et le genre littéraire “chronique” : les deux restent fusionnés.

Pourquoi? Pour eux, l’histoire humaine n’est pas le simple miroir de grands mythes, le simple reflet de lois et de principes éternels représentés par des dieux. Au contraire, il y a réciprocité dans la relation Ciel—terre. L’histoire est aussi dangereuse pour les dieux que les dieux sont dangereux pour les hommes. Les Hébreux n’ont pas à proprement parler de mythe et n’ont pas à proprement parler d’histoire, ils ont une histoire mythique criblée de mythes historiques. Projetée dans le futur, cette histoire mythique devient prophétie.

Dans ce contexte, inévitablement, une prophétie s’élève au-dessus de toutes les autres, celle du médiateur : le messie. Sa finalité consiste à réconcilier l’irréconciliable : l’éternelle volonté divine et la temporelle volonté humaine. Le génie de l’intuition juive, c’est que l’éternité n’a pas priorité sur le temps, entre le temps et l’éternité, la relation est intimement bilatérale et équipotente, c’est-à-dire irréconciliable comme la borne positive et la borne négative d’une force électrique. L’espérance si nécessaire d’une réconciliation a pour propre d’être sans cesse reportée dans le futur. La réconciliation ne peut être autre chose qu’un point de fuite s’enfonçant inexorablement dans le futur. Sans elle, l’histoire n’a pas de sens, mais si elle arrive dans un quelconque maintenant du temps, elle détruit l’histoire .1

Autre paradoxe : si Dieu et l’homme sont engagés dans une réciprocité tout autant dangereuse pour l’un que pour l’autre, s’il y a Alliance véritable, aucune relation de pouvoir ne peut être définitive. La relation est condamnée à l’amour, c’est-à-dire au combat de deux libertés créatrices, de deux libertés libératrices l’une de l’autre. L’homme se libère du temps par Dieu. Dieu se libère de l’éternité par l’homme. Ils peuvent chacun épuiser toutes les formes du chantage (si tu me trompes, je te punis), chaque flèche trouvera sa réciproque. Dieu et l’homme, projection l’un de l’autre, ressemblent à des bêtes enchaînées l’une à l’autre.

Dans ce contexte, tout homme qui cherchera à éveiller la conscience à la réciprocité de ces deux pôles (éternité et temps, Dieu et hommes) est condamné à mort dès le début.

Un exemple criant se retrouve dans le Cantique des Cantiques. Un berger, une vigneronne, ficelés l’un à l’autre par l’amour, se retrouvent dans la plus extrême des interdépendances. Ils ne peuvent exister l’un sans l’autre.  Mais un roi (homme de pouvoir) les sépare en criant : “A la cavale des chars de pharaon — je t’assimile, ma bien-aimée.” Elle ne veut pas de cette assimilation. Elle répète : “Avez-vous vu celui que mon coeur aime? [...] J’ai ouvert mon être à mon bien-aimé:  —  mais mon bien-aimé s’était dérobé, il avait disparu!” Il avait fui devant le roi (sinon, il aurait été massacré sur-le-champ). La bien-aimée se plaint : “ Ah! que n’es-tu pour moi comme un frère - qui aurait sucé les mamelles de ma mère! Te rencontrant dehors, je pourrais t’embrasser, - sans être un sujet de mépris.” Mais la belle est prisonnière du roi. Alors elle sera pour le roi “un mur”, elle paiera les mille cycles du loyer de sa vigne, mais restera fermée au roi. La tragédie se termine lorsqu’elle demande à son bien-aimé, le berger : “Enfuis-toi pareil à la gazelle — ou au jeune cerf sur les montagnes des baumiers.” On le comprend, l’amour est incompatible avec le pouvoir puisque, par essence, le pouvoir vise à briser la réciprocité. Sauf que l’amour, réciproque par essence, “est insatiable comme la mort — son ardeur inassouvie comme le schéol.”

En somme, le messie ne peut être rien d’autre que le signe même de la réciprocité propre à l’amour, incompatible avec un quelconque maintenant historique, incompatible avec le pouvoir. Telle est la Nouvelle Alliance : un éclair qui déchire le temps, éclair de conscience, éphémère dans sa percée, éternel par la lueur qui surchauffe toujours et à jamais l’horizon du temps. En replaçant la réciprocité au coeur de l’Alliance, le messie, assassiné par le roi (l’homme de pouvoir),  fait renaître l’amour. L’amour n’existe que si sa consommation absolue est éternellement différée de façon à préserver la réciprocité.

Alors donc, pouquoi Jésus a-t-il accepté une mission aussi tragique ?

 

 

Imaginons un jeune homme perdu dans ses pensées. Soudain, telle la foudre, il perçoit sa conscience au milieu du combat entre le Ciel et la terre (pas simplement quelque part entre les deux, mais au milieu). Bref, sa conscience a pris conscience qu’elle était l’amour de l’infini pour le fini et du fini pour l’infini. L’ancienne Alliance, encore teintée de marchandage, de chantage et de négociation, lui fait horreur. Il se retrouve au milieu d’une terrible chicane de couple qui ne finit plus, il se retrouve là au coeur de cette dispute entre un Dieu moralisateur et des hommes tatillons, dans une joute de vengeances et de manigances.  Il sait jusqu’au plus profond de lui-même, que ce couple s’aime et que leur interdépendance est radicalement existentielle et ontologique.

... Et il décide de leur crier en plein visage à l’un comme à l’autre : “Cessez cette tuerie, cette tragédie, cette bouffonnerie, vous ne pouvez pas échapper à votre amour! Quittez vos combats qui ensanglantent le monde et abandonnez-vous enfin au plaisir de l’amour.” Cet homme sait qu’il liguera Dieu (Tout Puissant) et l’homme (tout puissant) contre lui, et il accepte le prix, car il en va de lui que cet amour passe de l’état de guerre à l’état de vie. Tout enfant de la conscience sait qu’il est le produit d’un instant de plaisir et non le fruit d’une censure morale.  

Cet homme ne peut vivre que s'il affronte l'histoire. En fait, il est au coeur de l’affrontement qu’est l’histoire. Il vient signifier à l’homme que la relation dont il est l’essence est gravement malade, elle souffre du complexe du roi, un pôle est élevé au-dessus de l’autre au point d’entraîner une terrible guerre à l’intérieur même de la conscience. Or l’histoire est la conscience en acte. Ce que l’homme n’écoute pas, il le “tragédise” dans l’histoire.

Qu’un homme réalise qu’il est le messie, le médiateur... Et cet homme affronte l’histoire, l’histoire mythique, la prophétie du messie. Affronter l'histoire, c'est le facile; affronter le mythe, c'est le difficile.

Allons plus loin dans le mythe. El-Shaddai (Dieu de la colère) propose une alliance, une sorte de traité bilatéral, un contrat, une royauté. En vue de freiner la colère des hommes contre la dureté apparente des choses, il promet ceci, il promet cela. Rien de très précis, pas d'échéancier. Des promesses, encore des promesses, toujours uniquement du futur. En retour, l'homme doit dès maintenant respecter ce qu'il croit être des lois divines et elles sont précises ces lois, tatillonnes même, pour ainsi dire impraticables dans leur précision. Autant les promesses d'El-Shaddai sont évasives, autant ses lois sont assommantes. "Tu me vois légaliste, dit El-Shaddai, tu me trouves calculateur, mesquin, strict, despote... Je te prends au mot. Conforme-toi à tout ce que tu crois que je te demande et ajoute un peu. Après je te donnerai ce que tu veux... Enfin, on verra!" Telle est la mythique juive, la tentation de toutes les spiritualités : une sortie hors de la réciprocité, un instinct de domination projeté sur Dieu, la fabrication d’un Dieu monarque.

L'histoire s'amuse du mythe, c'est son rôle. Alors, non seulement la nation ne reçoit pas ce qu'elle veut, mais au contraire, elle est décimée, torturée, réduite en esclavage, sans terre, sans semence, dans la dépendance la plus absolue, privée de tout. L'Alliance avec El-Shaddai ne réduit pas la colère, mais la fait grandir. Or, la colère, une fois engoncée dans le coeur de la conscience, ne peut jamais attaquer l’Autre, car l’Autre, je sais trop bien que je l’aime comme un moi-même si profond qu’il m’échappe. La colère ne peut jamais, en définitive, se tourner sur un autre que soi-même. "Si El-Shaddai ne me donne pas ce que je veux, c'est sûrement à cause de moi, c'est ma faute, c'est mon péché", se dit l'homme. Et le coeur humain se transforme en véritable gouffre de culpabilité. L'homme qui se sent coupable se laisse abaisser au rôle de paria. Il veut le sacrifice. Comme Abraham, il veut sacrifier son enfant, il veut sacrifier l’homme nouveau qui en lui veut l’amour, le plaisir et la fécondité. La vie devient ascétique, pénible, contraignante, inverse aux jeux de l’amour...

Et pour chaque déception, frustration, sacrifice, El-Shaddai ajoute des promesses toujours plus alléchantes et un prophète se met à crier : "Nous sommes coupables mais El-Shaddai n'est pas intraitable, il est prêt à pardonner si nous revenons aux règles et aux lois. Purifions-nous et nous serons sauvés de nous-mêmes..." Mais toujours cette absence d'échéancier sur les promesses et cette exigence d’immédiateté dans les formalités morales. Alors, encore et encore l'histoire se moque du mythe et tout va de mal en pis 2 . En conséquence, il se développe en l'homme un volcan intérieur provenant de la friction entre la culpabilité et la colère (deux antagonistes parfaitement symétriques puisque la colère est l'extériorisation de la culpabilité et la culpabilité, l'intériorisation de la colère). Tout aurait éclaté... Si ce n'avait été de la promesse du Messie : dans le futur, les colères de la conscience s’apaiseront enfin dans le lit créatif de l’amour... Dans le futur... Dans l’éternelle repoussée du futur, la noce épanchera la colère...

Mais cette métaphysique du Messie se traduit dans un mythe bien concret. Le Messie mythique et prophétique, en tout cas dans sa version guerrière, la plus répandue, n'est rien d'autre que la transmutation de la culpabilité en colère contre un ennemi désigné. Pour la plupart des prophètes, le Messie n’est rien d’autre que le guerrier de El-Shaddai envoyé contre un quelconque ennemi. Au temps de Jésus, l'ennemi désigné ne pouvait être que Rome. Rome, c’était justement le roi, le roi dans tout ce qui pouvait être à l’image de El-Shaddai. Le Messie, pensaient la plupart des prophètes, avait pour mission d'apporter par la violence la liberté, l'indépendance, l'autonomie, la toute-puissance à la nation juive. Il était temps pour El-Shaddai de répondre enfin à ce que l'homme veut : la domination. Or ce que la domination veut, c’est se venger d’un dominateur, se venger de soi sur un ennemi.

 

"Ainsi parle le Dieu des armées: Je suis animé d'un amour extrême pour Jérusalem et pour Sion, tandis que je brûle d'une grande colère contre tous les peuples présomptueux. De ce que je me suis jusqu'à présent irrité avec modération, eux ont profité pour se livrer au mal. C'est pourquoi Je reviens plein de compassion pour Jérusalem..." (Zacharie, I, 14-16)

Le Messie sera envoyé pour combler une misère devenue complètement terrestre. El-Shaddai se garde bien de laisser planer des promesses farfelues comme la paix intérieure, le salut éternel, la justice post-mortem. Tout doit être payé comptant dans cette histoire-ci. Plus de crédit. El-Shaddai a déjà trop tardé. "Nous voulons un renversement de pouvoir, ne nous envoie plus de minables consolations toujours différées," lui lance l’homme déçu.

"Oui, toutes les nations de la terre se rassembleront contre elle (Jérusalem), mais en ce jour-là, je frapperai tous les chevaux (de l'ennemi) de désarroi et tous leurs cavaliers de folie. Tandis que j'ouvrirai les yeux sur la maison de Juda, je frapperai de cécité toute la cavalerie des nations... Elles (les tribus d'Israël) dévoreront à droite et à gauche tous les peuples d'alentours..." (Zacharie, 12, 4-6)

El-Shaddai n'avait jamais séduit les individus, les personnes, et encore moins les êtres plus ou moins exclus de ce peuple exclu. Mais un mythe n'a pas d'existence séparée en ce monde. Le peuple juif errant et soumis à tous les exils était bien placé pour rencontrer d'autres mythes, ceux de l'Égypte, de la Grèce, de Rome. Or parmi ces mythes, des promesses de survie post-mortem avaient été faites, pas à tout le monde, mais aux rois, aux empereurs, aux puissants et aussi à des héros individuels capables de défier leur destinée et de s'élever, selon une recette bien établie, au rang des grands. La recette la plus répandue : un demi-dieu (hybride dieu-homme), par le fait même né d'une vierge (pour garantir la paternité divine), devait, après une vie aventureuse, tomber victime des forces des ténèbres, subir une mort violente et renaître à une existence divine. Bref, ces aventuriers devaient conquérir une dignité divine. Comme un général romain victorieux pouvait s'auto-proclamer empereur, notre héros devait d'abord s'assurer d'une victoire éclatante avant de s'auto-proclamer divin.

 

Non seulement le Messie devait renverser le pouvoir de Rome, mais il devait surpasser tous ses concurrents tels Tammouz, Attis, Osiris et surtout son concurrent romain le plus immédiat : Mithra.

Tammouz, le plus ancien, apparaît du temps de Gilgamesh en Mésopotamie (plus de 2300 av. J.-C.). Ishtar, maîtresse du Ciel, préside à la fois à l'amour et à la guerre. Elle épouse son frère Tammouz. Tammouz, hélas! meurt et le monde est désertifié, il se dessèche. Ishtar demande à son fidèle ami de veiller sur le monde et elle descend aux Enfers pour arracher à sa soeur-démon le pouvoir de la vie et de la mort. À chaque porte, elle perd un vêtement et un pouvoir. Elle affronte sa soeur-démon, nue et impuissante. Tuée, sa peau est suspendue sur un clou. L'ami fidèle d'Ishtar, ne la voyant pas revenir, demande aux dieux d'envoyer aux Enfers un être capable d'affronter le royaume des morts.

Attis, de Phrygie, s’était émasculé sous un pin (présage de la croix) et y trouva la mort (vidé de son sang). Chaque année, le 24 mars, le «jour du Sang», un grand prêtre se tranchait la peau du bras et en offrait le sang à la déesse Cibelle. Durant ce temps, les prêtres inférieurs tournoyaient, en proie au délire, et se tailladaient le corps pour enduire le pin de leur sang. Ces sacrifices avaient pour but la résurrection d’Attis, dieu de la fertilité.

Osiris est égyptien. Au plus profond de la nuit, Rê (Soleil) et Osiris (Vie) se fondent en un seul être. Osiris, "l'Éternellement bon", est assassiné par son frère Seth qui découpe son corps en morceaux pour le disperser dans toute l'Égypte. Isis, son épouse, retrouve les morceaux. Le corps recousu ne reprend pas spontanément vie. Isis tournoie au-dessus du corps. Elle est fécondée et donne naissance à Horus (celui qui vient pour venger son père). Osiris finit par se réanimer. Il descend dans l'obscurité du monde souterrain pour juger les morts.

Le Mithra romain est importé de Perse. En Perse, il était intermédiaire entre la perfection absolue d'Ahurâ-Mazda et le mal absolu d'Ahriman. Ahurâ-Mazda, est "Celui qui voit". Tout lui est transparent. Aucun secret ne lui échappe. Mithra, sa créature divine (le dieu du Ciel nocturne), est couvert de mille yeux et rien ne lui est caché. Lumière, il jaillit d'une pierre comme le feu jaillit du silex. Le terme sumérien signifiant divinité, "dingir" , signifie «clair» et «brillant». La rectitude de Mithra le conduit à la récompense de la vie éternelle. Mithra découlerait du mot «ami» ou «contrat» (dans la tradition védique). Le "contrat", c'est la transparence entre amis. Mithra représente l’aspect juridique de la fonction royale. Il est le "Bienveillant". Proche de l’homme et lumière du monde, il veille sur les justes et sur le respect des alliances. Il guérit et secourt ceux qui l’invoquent, mais il est redoutable pour les autres. Mithra poursuit le Taureau (Ahriman, le diable), s’agrippe à lui, le garrotte, le traîne par les pattes de derrière jusqu’à une caverne où l’animal est frappé au cœur. On fête Mithra le 25 décembre à l’anniversaire du soleil. On sacrifie pour lui le Taureau (Ahriman) que l'on mange dans une caverne : le banquet d’immortalité. On y sert du pain, de l'eau et probablement du vin consacrés. Le taureau mort, les âmes sont forcées à s’incarner dans le monde matériel. Sans le Taureau, les âmes seraient libérées. Mithra sauve le monde de la fusion par l'incarnation forcée des âmes. Il est une sorte d'anti-bouddha. Néanmoins, son oeuvre est une oeuvre de salut car les âmes doivent sauver le monde et le sauvant, elles se sauvent elles-mêmes. Bref, Mithra sauve la création. Après l’immolation du taureau, Mithra monte au Ciel sur le char du Soleil. Il purifie ainsi l’univers, le purge du mal. Cela engendre une conflagration universelle, mais ensuite le monde est renouvelé et le bonheur, retrouvé. À Rome, Mithra est un dieu mâle réservé principalement aux soldats romains. Les femmes ne sont pas admises.

Le Messie guerrier, promesse d'El-Shaddai, doit libérer politiquement le peuple paria, en faire un peuple dominateur, il doit inverser les rôles puisque le peuple accepte d'être fidèle aux lois. Mais cela ne suffit pas, il doit aussi sauver les personnes de la mort, fournir comme ses concurrents une garantie indiscutable d'immortalité, bref il doit mourir et ressusciter. La mort violente qu'il doit affronter n'est pas seulement un défi, elle doit aussi être une offrande à El-Shaddai. Or les rituels sacrificiels ont toujours pour objectif de détruire un paria afin de sauver la multitude (dynamique de pouvoir).

L'implosion, ou si vous voulez la fusion catharsique de la culpabilité et de la colère, c'est le sacrifice. Sacrifier consiste à retourner la colère contre la culpabilité et la culpabilité contre la colère en désintégrant un innocent. Mais sacrifier des taureaux, des moutons, des béliers à El-Shaddai, c'est jeter de la paille à la gueule d'un dragon. Il faut beaucoup plus gros. Le mieux, c'est encore le miroir : donner Dieu à Dieu. Le paria devra donc être divin et le prouver par de nombreux miracles. Pas question de tuer n'importe quel vaurien, il faut un paria divin. Cependant, un tel sacrifice risquerait de lier El-Shaddai à ses promesses. Le fond des fonds, ce n'est pas de renverser Rome. Rome, c'est rien, c’est de l’homme. Le fond des fonds, c'est de prendre pouvoir sur El-Shaddai, l'assujettir à ses propres promesses par un sacrifice sans précédent.

Mais justement, El-Shaddai n'aime pas être trop lié. On se souvient qu'Abraham était prêt au sacrifice suprême, il amena son fils Isaac sur la montagne, leva l'épée... Et El-Shaddai le retint. C'était plus prudent. Accepter un cadeau aussi colossal consisterait à transférer le pouvoir du côté de la victime. Donc, le Messie doit échouer dans son sacrifice. Le sacrifice ne doit pas être accepté par El-Shaddai. Soit que El-Shaddai sauve miraculeusement le Messie, soit qu'il l'abandonne. Comme pour les sacrifices de Caen, la fumée ne montera pas au ciel. Si El-Shaddai se laissait lier, le peuple serait lui aussi lié, condamné à ses propres lois. Or aucun dominateur ne veut être assujetti à ses propres pouvoirs. Toute dispute domestique ne tient que si les  partenaires veulent s'assujettir l'un à l'autre mais jamais chacun à lui-même... On le  comprend, il y a incompatibilité entre Jésus et El-Shaddai (Dieu du pouvoir et de la colère). Tant que El-Shaddai subsiste dans une religion, Jésus en est exclu.

Bref, il fallait préparer la mort sacrificielle d'un paria divin, à un moment mythique (Pâque), pour un accomplissement à jamais ambivalent. Il fallait que cette mort résulte d'un piège tendu par les forces des ténèbres, une mort qui symboliquement sauverait le peuple et le perdrait, les deux en même temps (la conscience ne vit que dans la contradiction créatrice).

Malgré l'implacable fatalité qu'engendre le mythe, son ambivalence amène deux versions du Messie:
L'orientation du guerrier dont nous venons de parler : Le Messie soulève les foules, utilise ses pouvoirs pour renverser le pouvoir et s'auto-proclamer roi. Devant Rome, à l'heure où nous sommes (règne de Tibère), tout Messie-guerrier sait qu'il échouera et sera crucifié comme rebelle;
L'orientation spirituelle : Le Messie prend une orientation spiritualiste. Il se fait prophète du changement intérieur (chagement radical dans la vision de Dieu et la relation avec lui, changement d’alliance donc, passage de l’alliance légaliste à l’alliance amoureuse). Évidemment, de ce changement, on n'en veut pas et le messie se fait crucifier.

Pour chacune de ces deux versions, on peut allonger une bonne série de prophéties. C'est un choix mythologique : le guerrier héros qui vainc la mort ou le paria divin qui se donne en sacrifice. Le guerrier héros n'aura pas besoin de prouver sa résurrection. Tout le monde y croira comme tout le monde croit à l'immortalité du Pharaon, à la divinité de César ou à l'éternité du pouvoir. Le pauvre d’entre les pauvres, le paria héros, c'est le chemin de la déception transformatrice. Il s'agit d'aller au bout du sacrifice, d’éveiller l'homme en le plongeant dans le malheur qu’il se prépare depuis le commencement du monde.

Alors donc, imaginons un jeune homme perdu dans ses pensées. Soudain, telle la foudre, il perçoit sa conscience au milieu du combat où s’affrontent le Ciel et la terre. Sa conscience a pris conscience qu’elle était l’amour de l’infini pour le fini et du fini pour l’infini. Et le voilà devant le choix ultime de sa vie : ou il se replie dans le désert ou il accepte d’entrer dans l’histoire, de composer avec elle. Il sait fort bien que s’il entre dans l’histoire, il sera désigné messie-guerrier. Vêtu malgré lui de ce personnage, il décevra en tout point et sera condamné à épouser la voie du messie paria.

Ce sillon du mythe est déjà creusé dans l’histoire, ce n’est pas seulement un sillon, c’est un canyon et il est impossible de se retrouver ailleurs. Comment donc l'histoire, l’histoire future (car pour lui c’est le futur du messie qui est tracé devant lui comme le lit d’un torrent) peut-elle ainsi se plier au mythe? Cela se fait, comme une vallée est encastrée dans le roc par la pression d’un glacier.

La solution hébraïque est efficace. Premièrement, le mythe se projette sous forme de prophéties. Les prophéties travaillent par en dessous à la manière d'un subconscient collectif. C'est un peu comme un homme qui se voit riche : progressivement, il s'organise pour être riche. Lorsqu'une prophétie entre dans un peuple, tout le peuple travaille à la réaliser. Le mythe travaille l'histoire par les milliers d'individus qui y croient. Mais l'Histoire ne se conforme jamais parfaitement au mythe et ce, même si les prophéties sont foncièrement imprécises. Néanmoins tout le monde met la main à la pâte. Lorsque l’événement réel arrive et qu’il diffère un peu ou beaucoup de la prophétie, la deuxième étape consiste à construire une vision et une interprétation de l’événement en le pliant aux prévisions. Arrive ensuite la troisième étape : cette histoire, on ne l'écrit pas. Il importe qu'elle voyage oralement un certain temps : la plastique d'une transmission orale intéressée sculpte peu à peu les souvenirs. Quelques siècles ou quelque temps plus tard, quatrième étape : on écrit plusieurs versions en forçant un peu la mémoire dans le sens des prophéties sélectionnées. Cinquième étape : on choisit les écrits les plus conformes, les autres sont éliminés. Sixième étape : l'écrit choisi est désigné "Parole de Dieu", c’est à ce stade que la littérature “sacrée” est ritualisée. Septième étape : ceux qui ne sont pas d'accord sont exclus comme hérétiques.

Les mythes forgent ainsi de véritables corridors narratifs dans l’histoire. Qui entre là-dedans sait que sa vie vient d'être harnachée à une trajectoire parfaitement définie. Tous ses actes suivront le sillon. Il aura beau se débattre, dénoncer, s’agiter, lutter contre les événements, crier les évidences les plus concrètes, ses gestes et sa parole prendront le chemin du canyon comme la pluie finit dans le fond d’une rivière. Pour faire dérailler le processus, une seule stratégie possible : écrire lui-même sa vie et sa philosophie, cacher le rouleau dans la profondeur d’une caverne en espérant que dans les siècles à venir un homme, une femme, le trouvera et saura lire avec des yeux vierges... Ce n'est pas ce qu'a décidé Jésus. Il a voulu affronter l'Histoire et le Mythe mains nues. Avant de réfléchir au pourquoi d'une telle décision, tentons de cerner le drame. 

Imaginons que naît sous le règne de Tibère un Juif qui, subitement, prend conscience de sa nature du milieu, divine et humaine, fils de Dieu, fils de l’homme. Il le fait à un niveau dont nous n'avons pas idée. En fait, dès son jeune âge, il est terrassé par cette double nature. Pas une étoile, pas une montagne, pas un arbre, pas un brin d'herbe qui ne tournent sa beauté vers lui et ne l'affublent d'une énergie à tout emporter : “J’ai participé à cette création 3 . Cette énergie, cette vie, cette beauté, cet amour qui est en lui travaille, ici, maintenant, dans toutes les pierres et tous les sols à élever des cyprès, des oliviers, des sycomores, du sénevé, du blé et des vignes, il sent cet amour et cette vie en lui. Il ne la sent pas comme un panthéiste, à la manière d'une force inconsciente et aveugle, multiple en ses esprits, non! il la sent dans sa Source même, unique, intelligente, personnelle. Il perçoit cette Source créatrice dans toutes ses capacités d'engendrer et d'intégrer, de laisser dévier et de ramener, de diversifier et d'harmonier, d'engendrer non seulement de la beauté dans les surfaces, mais de la signification dans les profondeurs.. Bref, son expérience spirituelle transcende celle d'Élie et de tous les autres prophètes. Cet homme, ce Juif ne doute pas et ne doutera jamais que ce noyau incorruptible l'habite, que ce foyer est divin et que ce divin n’a de sens qu’en s’incarnant, en aimant, en fournissant la vie et l’inspiration. Il se sait hybride, divin dans ce qu'il peut, humain dans ce qu'il ne peut pas. Il sait surtout que cette finitude et cette impuissance si propre à l’homme est aussi essentielle à l’aventure du dépassement de soi que l’Infini qui l’incite à ce dépassement.

Se voyant au centre d'une telle concentration de toutes les lumières provenant de tous les astres, de toutes les choses et de toutes les intelligences, il ne refuse rien de cet amour. Au contraire de nous tous, il accepte d'être ainsi aimé sans réserve et dans la démesure de la grandeur universelle. Il se dit à lui-même : "Oui tout m'aime de façon divine et je le mérite et je le reçois et je le savoure car en moi, au fond de moi, au tréfonds de moi, je suis divin". Alors cet homme déborde littéralement de compassion, c'est-à-dire d'une volonté de tout intégrer à lui. Comme un miroir trop parfaitement ajusté, il devient un véritable laser et il ne peut survivre à cette épreuve du feu qu'en renvoyant à d'autres hommes ce trop d'amour dont il est victime.

Alors, il descend de la montagne. Il est plein de cette vie qui fait vivre les moindres brins d’herbe. Inévitablement, dès l'approche du premier village, il rencontre une âme humaine ordinaire, c'est-à-dire une âme qui doute de sa dignité, une âme qui ne se croit pas digne de recevoir tous les cieux, toutes les mers et toutes les montages que lui jette devant les yeux son divin Créateur. Il rencontre une âme privée, une âme misérable, une femme peut-être, cruche sur la tête, allant son chemin vers le puits... Il se produit ce qui se produit chaque fois qu'un pôle émetteur d'électricité rencontre un pôle réceptif : l'arc électrique. Cette âme est abreuvée. L'arbre qui se meurt d'un manque d'eau, de lumière, de nourriture et à qui la pluie, la lumière et les provisions arrivent en un seul jour passe de l'agonie à la vie. C'est la chose la plus banale du monde, banale autant que rare dans la caverne asséchée de la collectivité humaine.

Il suffit que cet homme rencontre deux ou trois autres âmes affamées et cet homme est désigné comme Messie. La pluie fait surgir du désert des milliers de fleurs et prouve ainsi sa divinité. Il n'en faut pas plus pour les âmes, l'eau vive d'un homme divinement comblé guérit. Ce qui est si naturel dans la plaine fertile apparaît miraculeux dans les cavernes d'un grand désert

Et voilà que cet homme n'a pas de compassion uniquement pour les seules âmes individuelles, il est touché par l'éprouvante histoire d'une collectivité qui se refuse à sa propre conscience. Il voit le peuple comme une seule âme spirituellement mourante. Une collectivité qui se refuse au conseil de sa conscience oblige la conscience à prendre un autre chemin. Alors la conscience produit le drame, la tragédie, plus encore le mythe tragique, c'est-à-dire une architecture de symptômes dénonçant douloureusement la maladie afin que quelques-uns voient enfin le malheur et ouvrent d'autres chemins. Bref, notre homme qui eut l'imprudence de s'exposer à Dieu jusqu'à réaliser qu'il en était le Fils, Source lui-même, décide d'accepter d'entrer dans le sillon prophétique du Messie.

Il ne s'en sortira pas vivant. Au contraire, il sait, il le sait trop bien qu'il devra rencontrer la mort violente du plus misérable des parias. Non seulement il l'accepte, mais à un moment décisif de sa vie, il décide carrément de monter à Jérusalem, de provoquer les prêtres jusqu'à ce qu’ils cèdent au meurtre, à l’inévitable rituel sacrificiel. Il n'est pas question de se faire assassiner incognito au tournant d'une ruelle. La nuit, il disparaît dans quelque lieu secret. Le jour, il se tient parmi la multitude, là où on n'oserait l'assassiner de peur de subir les foudres de la foule. Il attend l’heure, il instigue le moment, il décide du moment. Juda le trahit et par sa trahison, aiguille le mythe vers son paroxysme. Jésus n’a pas choisi le processus, il l’a totalement accepté. Cependant, il a choisi le moment afin que sa mort entre parfaitement dans le sillon prophétique, car c’est dans le sillon prophétique et mythique que la conscience (essentiellement divine) peut le mieux dénoncer la maladie collective du pouvoir et de ses dieux.

Pourquoi un homme aussi intelligent s'est-il lancé dans le jeu sadique d'un mythe aussi étriqué, macabre et terrifiant?

Le rituel sacrificiel d'un paria ne mène à rien sinon à la reproduction du sacrifice qui sert justement à maintenir le pouvoir et les dieux du pouvoir (tel El-Shaddai). Mais si ce paria assume en plus la mission de représenter tous les parias du peuple, il intensifie à un niveau ultime et sublime, ce que la conscience veut crier à la collectivité. Élevé sur la croix, le message ne peut être plus clair : "Regarde, homme ce que tu fais de l'homme. Pourquoi te traites-tu ainsi? Jusqu'à quand te crucifieras-tu toi-même? Par mon geste, tu peux voir qu'El-Shaddai t'abandonne. Il m'abandonne. Je l'abandonne. Il n'est que le pire de toi-même. Or la Source est le meilleur de toi-même. Et ce meilleur va jusqu'à la mort pour que tu te voies et prennes enfin leçon du fondement : tout repose sur la confiance."

Peut-on imaginer qu'un homme aille sur la croix simplement pour que le rituel s'accomplisse en toute conscience? Cela n'est pas possible si cet homme n'a pas saisi la nature divine de la conscience, même de la conscience obscurément collective qui travaille dans la pâte des foules. Il est entré dans le mythe pour que le mythe fasse son oeuvre et donc, pour qu’il n’est plus besoin de se reproduire. On doit comprendre que pour Dieu, la résurrection des morts, c'est un jeu d'enfant. Les morts ne résistent pas à leur résurrection. Le difficile, c'est la résurrection des vivants.

Alors, me direz-vous, Jésus a échoué, toute l'Histoire est restée une vallée de larmes, de guerres, de domination et le mythe du Messie est perpétuellement reproduit, plus aujourd'hui peut-être qu'en n'importe quel temps. Jésus savait qu'il allait échouer et qu'il y aurait encore et encore des milliards d'hommes de peine réduits en esclavage, des millions de guerriers donnés en chair au canon, des milliers de parias sacrifiés de toutes les façons. Et pour ceux-là, il ne pouvait, il ne devait, il ne voulait pas se soustraire aux tourments. Pour ceux-là, il n'est pas seulement la conscience qui crie dans le désert, il est la conscience qui participe. Qui aujourd'hui est pris dans la tourmente d'un rituel sacrificiel sait que l'un d'entre nous, un frère, l'a assumé sans jamais perdre l'espérance.

Alors Dieu est l'impuissance infinie.

Oui je le pense réellement, Dieu est un au-delà de ce que nous, nous considérons la "puissance" et cela prouve que nous ne comprenons rien à la "puissance". Son mode de puissance n’est pas le nôtre, son mode de puissance n'a rien à voir avec le meurtre alors que notre mode de puissance à nous est fondé sur le meurtre. S'il n'avait pas le temps de son côté, il serait perdu. Mais l'alliance de la bonté et du temps n'est peut-être pas si impuissante qu'elle ne paraît. Nous épuisons toutes les manières de nous faire souffrir nous-mêmes, mais nous ne pourrons éviter indéfiniment le bonheur de vivre ensemble et en paix.

Beaucoup considèrent que Jésus a assumé la mort de la croix pour nous “obliger” à l’amour. C’est le jeu de tellement de mères : “Je me suis sacrifiée pour toi, alors...”. L’amour poussé au sacrifice n’est-il pas le plus puissant moteur du pouvoir! Le paria a-t-il d’autre moyen de pouvoir que son propre sacrifice? Le plus dramatique de l’histoire humaine, c’est que lorsqu’on est lancé dans la dynamique du pouvoir, il n’est plus possible de voir autre chose que des joutes de pouvoir. Rien n’est pur. Dans la “Strada” de Filini, Gelsominia s’est-elle sacrifiée pour gagner le coeur de son maître? Est-ce une stratégie du désespoir? La réponse n’appartient justement plus à Gelsominia, elle appartient au spectateur, au lecteur du mythe historique. Lui seul peut projeter ou ne pas projeter le fond de son âme sur tout ce qu’il regarde et voit, lui seul est garant de lui-même, lui seul peut reconnaître dans le fond de son âme le murmure de l’amour et de la réciprocité.

 

 

 

Tentons d’intuitionner, sous les Évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean, l’Évangile selon Jésus.

Les Évangiles et surtout leur interprétation paulinienne semblent fortement orientés par le mythe comme s’il fallait concurrencer le mythe de Mythra, l’inclure et le dépasser, tout en satisfaisant aux prophéties du Messie dans leur version mystique et sacrificielle. Cependant, malgré ce travail de “fléchissement” de l’histoire en vue de répondre aux attentes bien naturelles des lecteurs du premier centenaire après Jésus-Christ, le message de Jésus témoigne d’une originalité déconcertante. Cet être, non seulement a accepté d’aller au bout du mythe pour témoigner de la conscience collective à l’oeuvre (Que fais-tu de toi-même?), mais bien plus, il a exprimé et manifesté un esprit si puissant qu’il transparaît à travers les maquillages les plus lourds.

J’ai tenté l’expérience d’extraire des évangiles canoniques un certain nombre de paroles qui ne me sont pas apparues “adaptées” au mythe, quelque chose qui a échappé et qui témoigne du message de Jésus. Pour éviter toute redondance, je n’ai pas répété dans Marc ce qui était dans Matthieu, ni dans Luc ce qui était dans Marc et Matthieu...

Après ce “résumé” des évangiles, trois thèmes s’imposeront à notre réflexion.
Notes de bas de pages

1. Le fondement philosophique de cette intuition n’est peut-être rien d’autre que le noeud gordien de la conscience. Le temps et l’éternité sont impensables l’un sans l’autre. Certes il est facile d’imaginer que l’éternité des lois se projette sur le temps (c’est la vision du mythe, c’est aussi la vision des sciences classiques), mais il est tout aussi facile d’imaginer que le temps se projette sur l’éternité (c’est la vision de la phénoménologie). Les Hébreux ont saisi qu’il est impossible pour la conscience autant que pour l’intelligence de sortir de la réciprocité de cette relation. (Retour au texte)

 2. L’histoire peut-elle être autre chose qu’une résistance au désir ayant pour tâche de faire maturer le désir jusqu’aux agrandissements  incommensurables de l’amour. (Retour au texte)

 3. C’est une des intuitions formidables de Maître Eckhart.(Retour au texte)