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Si on aborde le sujet à son niveau le plus bas et par le point de
vue le plus extérieur, une religion est quelque chose comme “la
ritualisation d’une oeuvre littéraire”. La littérature,
l’écriture inspirée, apparaît au fondement de la
conscience spirituelle. L’inconvénient de cette ritualisation :
l’oeuvre n’est plus lue, mais récitée. La fin est
devenue la reproduction plutôt que l’inspiration. Désormais,
l’effort d’un lecteur digne de ce nom consistera à décortiquer
le texte, à l’arracher de son écorce morte pour retrouver
sa vie.
Toujours au premier niveau et vus uniquement de l’extérieur, les évangiles
nous présentent un mythe (comme toute littérature religieuse).
Cependant, une particularité du peuple hébreu a consisté à ne
jamais séparer le genre littéraire “mythe” et le
genre littéraire “chronique” : les deux restent fusionnés.
Pourquoi? Pour eux, l’histoire humaine n’est pas le simple miroir
de grands mythes, le simple reflet de lois et de principes éternels
représentés par des dieux. Au contraire, il y a réciprocité dans
la relation Ciel—terre. L’histoire est aussi dangereuse
pour les dieux que les dieux sont dangereux pour les hommes. Les Hébreux
n’ont pas à proprement parler de mythe et n’ont pas à proprement
parler d’histoire, ils ont une histoire mythique criblée de
mythes historiques. Projetée dans le futur, cette histoire mythique
devient prophétie.
Dans ce contexte, inévitablement, une prophétie s’élève
au-dessus de toutes les autres, celle du médiateur : le
messie. Sa finalité consiste à réconcilier
l’irréconciliable : l’éternelle volonté divine
et la temporelle volonté humaine. Le génie de l’intuition
juive, c’est que l’éternité n’a pas
priorité sur le temps, entre le temps et l’éternité,
la relation est intimement bilatérale et équipotente, c’est-à-dire
irréconciliable comme la borne positive et la borne négative
d’une force électrique. L’espérance si nécessaire
d’une réconciliation a pour propre d’être sans
cesse reportée dans le futur. La réconciliation
ne peut être autre chose qu’un point de fuite s’enfonçant
inexorablement dans le futur. Sans elle, l’histoire n’a pas de
sens, mais si elle arrive dans un quelconque maintenant du temps, elle
détruit
l’histoire .1
Autre paradoxe : si Dieu et l’homme sont engagés dans
une réciprocité tout autant dangereuse pour l’un que
pour l’autre, s’il y a Alliance véritable, aucune
relation de pouvoir ne peut être définitive. La
relation est condamnée à l’amour, c’est-à-dire
au combat de deux libertés créatrices, de deux libertés
libératrices l’une de l’autre. L’homme
se libère du temps par Dieu. Dieu se libère de l’éternité par
l’homme. Ils peuvent chacun épuiser toutes les formes du chantage
(si tu me trompes, je te punis), chaque flèche trouvera sa réciproque.
Dieu et l’homme, projection l’un de l’autre, ressemblent à des
bêtes enchaînées l’une à l’autre.
Dans ce contexte, tout homme qui cherchera à éveiller
la conscience à la réciprocité de ces deux pôles
(éternité et temps, Dieu et hommes) est condamné à mort
dès le début.
Un exemple criant se retrouve dans le Cantique des Cantiques. Un berger,
une vigneronne, ficelés l’un à l’autre par l’amour,
se retrouvent dans la plus extrême des interdépendances. Ils
ne peuvent exister l’un sans l’autre. Mais un roi (homme
de pouvoir) les sépare en criant : “A la cavale des chars
de pharaon — je t’assimile, ma bien-aimée.” Elle
ne veut pas de cette assimilation. Elle répète : “Avez-vous
vu celui que mon coeur aime? [...] J’ai ouvert mon être à mon
bien-aimé: — mais mon bien-aimé s’était
dérobé, il avait disparu!” Il avait fui devant le roi
(sinon, il aurait été massacré sur-le-champ). La bien-aimée
se plaint : “ Ah! que n’es-tu pour moi comme un frère
- qui aurait sucé les mamelles de ma mère! Te rencontrant dehors,
je pourrais t’embrasser, - sans être un sujet de mépris.” Mais
la belle est prisonnière du roi. Alors elle sera pour le roi “un
mur”, elle paiera les mille cycles du loyer de sa vigne, mais restera
fermée au roi. La tragédie se termine lorsqu’elle demande à son
bien-aimé, le berger : “Enfuis-toi pareil à la gazelle — ou
au jeune cerf sur les montagnes des baumiers.” On le comprend, l’amour
est incompatible avec le pouvoir puisque, par essence, le pouvoir vise à briser
la réciprocité. Sauf que l’amour, réciproque
par essence, “est insatiable comme la mort — son ardeur inassouvie
comme le schéol.”
En somme, le messie ne peut être rien d’autre que le signe
même de la réciprocité propre à l’amour,
incompatible avec un quelconque maintenant historique, incompatible
avec le pouvoir. Telle est la Nouvelle Alliance : un éclair
qui déchire le temps, éclair de conscience, éphémère
dans sa percée, éternel par la lueur qui surchauffe toujours
et à jamais l’horizon du temps. En replaçant la réciprocité au
coeur de l’Alliance, le messie, assassiné par le roi (l’homme
de pouvoir), fait renaître l’amour. L’amour n’existe
que si sa consommation absolue est éternellement différée
de façon à préserver la réciprocité.
Alors donc, pouquoi Jésus a-t-il accepté une mission aussi
tragique ?
Imaginons un jeune homme perdu dans ses pensées. Soudain, telle la
foudre, il perçoit sa conscience au milieu du
combat entre le Ciel et la terre (pas simplement quelque part entre les deux,
mais au milieu). Bref, sa conscience a pris conscience qu’elle était
l’amour de l’infini pour le fini et du fini pour l’infini.
L’ancienne Alliance, encore teintée de marchandage, de chantage
et de négociation, lui fait horreur. Il se retrouve au milieu d’une
terrible chicane de couple qui ne finit plus, il se retrouve là au
coeur de cette dispute entre un Dieu moralisateur et des hommes tatillons,
dans une joute de vengeances et de manigances. Il sait jusqu’au
plus profond de lui-même, que ce couple s’aime et que leur interdépendance
est radicalement existentielle et ontologique.
... Et il décide de leur crier en plein visage à l’un
comme à l’autre : “Cessez cette tuerie, cette tragédie,
cette bouffonnerie, vous ne pouvez pas échapper à votre amour!
Quittez vos combats qui ensanglantent le monde et abandonnez-vous enfin au
plaisir de l’amour.” Cet homme sait qu’il liguera Dieu
(Tout Puissant) et l’homme (tout puissant) contre lui, et il accepte
le prix, car il en va de lui que cet amour passe de l’état
de guerre à l’état de vie. Tout enfant de
la conscience sait qu’il est le produit d’un instant de plaisir
et non le fruit d’une censure morale.
Cet homme ne peut vivre que s'il affronte l'histoire. En fait, il est au
coeur de l’affrontement qu’est l’histoire. Il vient signifier à l’homme
que la relation dont il est l’essence est gravement malade, elle souffre
du complexe du roi, un pôle est élevé au-dessus de l’autre
au point d’entraîner une terrible guerre à l’intérieur
même de la conscience. Or l’histoire est la conscience en acte. Ce
que l’homme n’écoute pas, il le “tragédise” dans
l’histoire.
Qu’un homme réalise qu’il est le messie, le médiateur...
Et cet homme affronte l’histoire, l’histoire mythique, la prophétie
du messie. Affronter l'histoire, c'est le facile; affronter le mythe, c'est
le difficile.
Allons plus loin dans le mythe. El-Shaddai (Dieu de la colère) propose
une alliance, une sorte de traité bilatéral, un contrat, une
royauté. En vue de freiner la colère des hommes contre la dureté apparente
des choses, il promet ceci, il promet cela. Rien de très précis,
pas d'échéancier. Des promesses, encore des promesses, toujours
uniquement du futur. En retour, l'homme doit dès maintenant respecter
ce qu'il croit être des lois divines et elles sont précises
ces lois, tatillonnes même, pour ainsi dire impraticables dans leur
précision. Autant les promesses d'El-Shaddai sont évasives,
autant ses lois sont assommantes. "Tu me vois légaliste, dit
El-Shaddai, tu me trouves calculateur, mesquin, strict, despote... Je te
prends au mot. Conforme-toi à tout ce que tu crois que je te demande
et ajoute un peu. Après je te donnerai ce que tu veux... Enfin, on
verra!" Telle est la mythique juive, la tentation de toutes les spiritualités :
une sortie hors de la réciprocité, un instinct de domination
projeté sur Dieu, la fabrication d’un Dieu monarque.
L'histoire s'amuse du mythe, c'est son rôle. Alors, non seulement
la nation ne reçoit pas ce qu'elle veut, mais au contraire, elle est
décimée, torturée, réduite en esclavage, sans
terre, sans semence, dans la dépendance la plus absolue, privée
de tout. L'Alliance avec El-Shaddai ne réduit pas la colère,
mais la fait grandir. Or, la colère, une fois engoncée dans
le coeur de la conscience, ne peut jamais attaquer l’Autre, car l’Autre,
je sais trop bien que je l’aime comme un moi-même si profond
qu’il m’échappe. La colère ne peut jamais, en définitive,
se tourner sur un autre que soi-même. "Si El-Shaddai ne me donne
pas ce que je veux, c'est sûrement à cause de moi, c'est ma
faute, c'est mon péché", se dit l'homme. Et le coeur humain
se transforme en véritable gouffre de culpabilité. L'homme
qui se sent coupable se laisse abaisser au rôle de paria. Il veut le
sacrifice. Comme Abraham, il veut sacrifier son enfant, il veut sacrifier
l’homme nouveau qui en lui veut l’amour, le plaisir et la fécondité.
La vie devient ascétique, pénible, contraignante, inverse aux
jeux de l’amour...
Et pour chaque déception, frustration, sacrifice, El-Shaddai ajoute
des promesses toujours plus alléchantes et un prophète se met à crier
: "Nous sommes coupables mais El-Shaddai n'est pas intraitable, il est
prêt à pardonner si nous revenons aux règles et aux lois.
Purifions-nous et nous serons sauvés de nous-mêmes..." Mais
toujours cette absence d'échéancier sur les promesses et cette
exigence d’immédiateté dans les formalités morales.
Alors, encore et encore l'histoire se moque du mythe et tout va de
mal en
pis 2 . En
conséquence,
il se développe en l'homme un volcan intérieur provenant de
la friction entre la culpabilité et la colère (deux antagonistes
parfaitement symétriques puisque la colère est l'extériorisation
de la culpabilité et la culpabilité, l'intériorisation
de la colère). Tout aurait éclaté... Si ce n'avait été de
la promesse du Messie : dans le futur, les colères de la conscience
s’apaiseront enfin dans le lit créatif de l’amour... Dans
le futur... Dans l’éternelle repoussée du futur, la noce épanchera
la colère...
Mais cette métaphysique du Messie se traduit dans un mythe bien concret.
Le Messie mythique et prophétique, en tout cas dans sa version guerrière,
la plus répandue, n'est rien d'autre que la transmutation de la culpabilité en
colère contre un ennemi désigné. Pour la plupart des
prophètes, le Messie n’est rien d’autre que le guerrier
de El-Shaddai envoyé contre un quelconque ennemi. Au temps de Jésus,
l'ennemi désigné ne pouvait être que Rome. Rome, c’était
justement le roi, le roi dans tout ce qui pouvait être à l’image
de El-Shaddai. Le Messie, pensaient la plupart des prophètes, avait
pour mission d'apporter par la violence la liberté, l'indépendance,
l'autonomie, la toute-puissance à la nation juive. Il était
temps pour El-Shaddai de répondre enfin à ce que l'homme veut :
la domination. Or ce que la domination veut, c’est se venger d’un
dominateur, se venger de soi sur un ennemi.
"Ainsi parle le Dieu des armées: Je suis animé d'un amour
extrême pour Jérusalem et pour Sion, tandis que je brûle
d'une grande colère contre tous les peuples présomptueux. De
ce que je me suis jusqu'à présent irrité avec modération,
eux ont profité pour se livrer au mal. C'est pourquoi Je reviens plein
de compassion pour Jérusalem..." (Zacharie, I, 14-16)
Le Messie sera envoyé pour combler une misère devenue complètement
terrestre. El-Shaddai se garde bien de laisser planer des promesses farfelues
comme la paix intérieure, le salut éternel, la justice post-mortem.
Tout doit être payé comptant dans cette histoire-ci. Plus de
crédit. El-Shaddai a déjà trop tardé. "Nous
voulons un renversement de pouvoir, ne nous envoie plus de minables consolations
toujours différées," lui lance l’homme déçu.
"Oui, toutes les nations de la terre se rassembleront contre elle (Jérusalem),
mais en ce jour-là, je frapperai tous les chevaux (de l'ennemi) de
désarroi et tous leurs cavaliers de folie. Tandis que j'ouvrirai les
yeux sur la maison de Juda, je frapperai de cécité toute la
cavalerie des nations... Elles (les tribus d'Israël) dévoreront à droite
et à gauche tous les peuples d'alentours..." (Zacharie, 12, 4-6)
El-Shaddai n'avait jamais séduit les individus, les personnes, et
encore moins les êtres plus ou moins exclus de ce peuple exclu. Mais
un mythe n'a pas d'existence séparée en ce monde. Le peuple
juif errant et soumis à tous les exils était bien placé pour
rencontrer d'autres mythes, ceux de l'Égypte, de la Grèce,
de Rome. Or parmi ces mythes, des promesses de survie post-mortem avaient été faites,
pas à tout le monde, mais aux rois, aux empereurs, aux puissants et
aussi à des héros individuels capables de défier leur
destinée et de s'élever, selon une recette bien établie,
au rang des grands. La recette la plus répandue : un demi-dieu
(hybride dieu-homme), par le fait même né d'une vierge (pour
garantir la paternité divine), devait, après une vie aventureuse,
tomber victime des forces des ténèbres, subir une mort violente
et renaître à une existence divine. Bref, ces aventuriers devaient
conquérir une dignité divine. Comme un général
romain victorieux pouvait s'auto-proclamer empereur, notre héros devait
d'abord s'assurer d'une victoire éclatante avant de s'auto-proclamer
divin.
Non seulement le Messie devait renverser le pouvoir de Rome, mais il devait
surpasser tous ses concurrents tels Tammouz, Attis, Osiris et surtout son
concurrent romain le plus immédiat : Mithra.
Tammouz, le plus ancien, apparaît du temps de Gilgamesh en Mésopotamie
(plus de 2300 av. J.-C.). Ishtar, maîtresse du Ciel, préside à la
fois à l'amour et à la guerre. Elle épouse son frère
Tammouz. Tammouz, hélas! meurt et le monde est désertifié,
il se dessèche. Ishtar demande à son fidèle ami de veiller
sur le monde et elle descend aux Enfers pour arracher à sa soeur-démon le
pouvoir de la vie et de la mort. À chaque porte, elle perd un
vêtement et un pouvoir. Elle affronte sa soeur-démon, nue
et impuissante. Tuée, sa peau est suspendue sur un clou. L'ami
fidèle d'Ishtar, ne la voyant pas revenir, demande aux dieux d'envoyer
aux Enfers un être capable d'affronter le royaume des morts.
Attis, de Phrygie, s’était émasculé sous un pin
(présage de la croix) et y trouva la mort (vidé de son sang).
Chaque année, le 24 mars, le «jour du Sang», un grand
prêtre se tranchait la peau du bras et en offrait le sang à la
déesse Cibelle. Durant ce temps, les prêtres inférieurs
tournoyaient, en proie au délire, et se tailladaient le corps pour
enduire le pin de leur sang. Ces sacrifices avaient pour but la résurrection
d’Attis, dieu de la fertilité.
Osiris est égyptien. Au plus profond de la nuit, Rê (Soleil)
et Osiris (Vie) se fondent en un seul être. Osiris, "l'Éternellement
bon", est assassiné par son frère Seth qui découpe
son corps en morceaux pour le disperser dans toute l'Égypte. Isis,
son épouse, retrouve les morceaux. Le corps recousu ne reprend pas
spontanément vie. Isis tournoie au-dessus du corps. Elle est fécondée
et donne naissance à Horus (celui qui vient pour venger son père). Osiris
finit par se réanimer. Il descend dans l'obscurité du monde
souterrain pour juger les morts.
Le Mithra romain est importé de Perse. En Perse, il était
intermédiaire entre la perfection absolue d'Ahurâ-Mazda et le
mal absolu d'Ahriman. Ahurâ-Mazda, est "Celui qui voit".
Tout lui est transparent. Aucun secret ne lui échappe. Mithra, sa
créature divine (le dieu du Ciel nocturne), est couvert de mille yeux
et rien ne lui est caché. Lumière, il jaillit d'une pierre
comme le feu jaillit du silex. Le terme sumérien signifiant divinité, "dingir" ,
signifie «clair» et «brillant». La rectitude de Mithra
le conduit à la récompense de la vie éternelle.
Mithra découlerait du mot «ami» ou «contrat» (dans
la tradition védique). Le "contrat", c'est la transparence
entre amis. Mithra représente l’aspect juridique de la fonction
royale. Il est le "Bienveillant". Proche de l’homme et lumière
du monde, il veille sur les justes et sur le respect des alliances. Il guérit
et secourt ceux qui l’invoquent, mais il est redoutable pour les autres.
Mithra poursuit le Taureau (Ahriman, le diable), s’agrippe à lui,
le garrotte, le traîne par les pattes de derrière jusqu’à une
caverne où l’animal est frappé au cœur. On fête
Mithra le 25 décembre à l’anniversaire du soleil. On
sacrifie pour lui le Taureau (Ahriman) que l'on mange dans une caverne : le
banquet d’immortalité. On y sert du pain, de l'eau et probablement
du vin consacrés. Le taureau mort, les âmes sont forcées à s’incarner
dans le monde matériel. Sans le Taureau, les âmes seraient libérées. Mithra
sauve le monde de la fusion par l'incarnation forcée des âmes.
Il est une sorte d'anti-bouddha. Néanmoins, son oeuvre est une
oeuvre de salut car les âmes doivent sauver le monde et le sauvant,
elles se sauvent elles-mêmes. Bref, Mithra sauve la création.
Après l’immolation du taureau, Mithra monte au Ciel sur le char
du Soleil. Il purifie ainsi l’univers, le purge du mal. Cela engendre
une conflagration universelle, mais ensuite le monde est renouvelé et
le bonheur, retrouvé. À Rome, Mithra est un dieu mâle
réservé principalement aux soldats romains. Les femmes ne sont
pas admises.
Le Messie guerrier, promesse d'El-Shaddai, doit libérer politiquement
le peuple paria, en faire un peuple dominateur, il doit inverser les rôles
puisque le peuple accepte d'être fidèle aux lois. Mais cela
ne suffit pas, il doit aussi sauver les personnes de la mort, fournir comme
ses concurrents une garantie indiscutable d'immortalité, bref il doit
mourir et ressusciter. La mort violente qu'il doit affronter n'est pas seulement
un défi, elle doit aussi être une offrande à El-Shaddai.
Or les rituels sacrificiels ont toujours pour objectif de détruire
un paria afin de sauver la multitude (dynamique de pouvoir).
L'implosion, ou si vous voulez la fusion catharsique de la culpabilité et
de la colère, c'est le sacrifice. Sacrifier consiste à retourner
la colère contre la culpabilité et la culpabilité contre
la colère en désintégrant un innocent.
Mais sacrifier des taureaux, des moutons, des béliers à El-Shaddai,
c'est jeter de la paille à la gueule d'un dragon. Il faut beaucoup
plus gros. Le mieux, c'est encore le miroir : donner Dieu à Dieu.
Le paria devra donc être divin et le prouver par de nombreux miracles.
Pas question de tuer n'importe quel vaurien, il faut un paria divin. Cependant,
un tel sacrifice risquerait de lier El-Shaddai à ses promesses. Le
fond des fonds, ce n'est pas de renverser Rome. Rome, c'est rien, c’est
de l’homme. Le fond des fonds, c'est de prendre pouvoir sur El-Shaddai,
l'assujettir à ses propres promesses par un sacrifice sans précédent.
Mais justement, El-Shaddai n'aime pas être trop lié. On se
souvient qu'Abraham était prêt au sacrifice suprême, il
amena son fils Isaac sur la montagne, leva l'épée... Et El-Shaddai
le retint. C'était plus prudent. Accepter un cadeau aussi colossal
consisterait à transférer le pouvoir du côté de
la victime. Donc, le Messie doit échouer dans son sacrifice. Le sacrifice
ne doit pas être accepté par El-Shaddai. Soit que El-Shaddai
sauve miraculeusement le Messie, soit qu'il l'abandonne. Comme pour les sacrifices
de Caen, la fumée ne montera pas au ciel. Si El-Shaddai se laissait
lier, le peuple serait lui aussi lié, condamné à ses
propres lois. Or aucun dominateur ne veut être assujetti à ses
propres pouvoirs. Toute dispute domestique ne tient que si les partenaires
veulent s'assujettir l'un à l'autre mais jamais chacun à lui-même... On
le comprend, il y a incompatibilité entre Jésus et El-Shaddai
(Dieu du pouvoir et de la colère). Tant que El-Shaddai subsiste dans
une religion, Jésus en est exclu.
Bref, il fallait préparer la mort sacrificielle d'un paria divin, à un
moment mythique (Pâque), pour un accomplissement à jamais ambivalent.
Il fallait que cette mort résulte d'un piège tendu par les
forces des ténèbres, une mort qui symboliquement sauverait
le peuple et le perdrait, les deux en même temps (la conscience ne
vit que dans la contradiction créatrice).
Malgré l'implacable fatalité qu'engendre le mythe, son ambivalence
amène deux versions du Messie:
L'orientation du guerrier dont nous venons
de parler : Le Messie soulève les foules, utilise ses
pouvoirs pour renverser le pouvoir et s'auto-proclamer roi. Devant
Rome, à l'heure où nous sommes (règne de Tibère),
tout Messie-guerrier sait qu'il échouera et sera crucifié comme
rebelle;
L'orientation spirituelle : Le Messie
prend une orientation spiritualiste. Il se fait prophète du
changement intérieur (chagement radical dans la vision de
Dieu et la relation avec lui, changement d’alliance donc, passage
de l’alliance légaliste à l’alliance amoureuse). Évidemment,
de ce changement, on n'en veut pas et le messie se fait crucifier.
Pour chacune de ces deux versions, on peut allonger une bonne série
de prophéties. C'est un choix mythologique : le guerrier héros
qui vainc la mort ou le paria divin qui se donne en sacrifice. Le guerrier
héros n'aura pas besoin de prouver sa résurrection. Tout le
monde y croira comme tout le monde croit à l'immortalité du
Pharaon, à la divinité de César ou à l'éternité du
pouvoir. Le pauvre d’entre les pauvres, le paria héros, c'est
le chemin de la déception transformatrice. Il s'agit d'aller au bout
du sacrifice, d’éveiller l'homme en le plongeant dans le malheur
qu’il se prépare depuis le commencement du monde.
Alors donc, imaginons un jeune homme perdu dans ses pensées. Soudain,
telle la foudre, il perçoit sa conscience au milieu du combat où s’affrontent
le Ciel et la terre. Sa conscience a pris conscience qu’elle était
l’amour de l’infini pour le fini et du fini pour l’infini.
Et le voilà devant le choix ultime de sa vie : ou il se replie
dans le désert ou il accepte d’entrer dans l’histoire,
de composer avec elle. Il sait fort bien que s’il entre dans l’histoire,
il sera désigné messie-guerrier. Vêtu malgré lui
de ce personnage, il décevra en tout point et sera condamné à épouser
la voie du messie paria.
Ce sillon du mythe est déjà creusé dans l’histoire,
ce n’est pas seulement un sillon, c’est un canyon et il est impossible
de se retrouver ailleurs. Comment donc l'histoire, l’histoire future
(car pour lui c’est le futur du messie qui est tracé devant
lui comme le lit d’un torrent) peut-elle ainsi se plier au mythe? Cela
se fait, comme une vallée est encastrée dans le roc par la
pression d’un glacier.
La solution hébraïque est efficace. Premièrement, le
mythe se projette sous forme de prophéties. Les prophéties
travaillent par en dessous à la manière d'un subconscient collectif.
C'est un peu comme un homme qui se voit riche : progressivement, il
s'organise pour être riche. Lorsqu'une prophétie entre dans
un peuple, tout le peuple travaille à la réaliser. Le mythe
travaille l'histoire par les milliers d'individus qui y croient. Mais l'Histoire
ne se conforme jamais parfaitement au mythe et ce, même si les prophéties
sont foncièrement imprécises. Néanmoins tout le monde
met la main à la pâte. Lorsque l’événement
réel arrive et qu’il diffère un peu ou beaucoup de la
prophétie, la deuxième étape consiste à construire
une vision et une interprétation de l’événement
en le pliant aux prévisions. Arrive ensuite la troisième étape :
cette histoire, on ne l'écrit pas. Il importe qu'elle voyage oralement
un certain temps : la plastique d'une transmission orale intéressée
sculpte peu à peu les souvenirs. Quelques siècles ou quelque
temps plus tard, quatrième étape : on écrit plusieurs
versions en forçant un peu la mémoire dans le sens des prophéties
sélectionnées. Cinquième étape : on choisit
les écrits les plus conformes, les autres sont éliminés.
Sixième étape : l'écrit choisi est désigné "Parole
de Dieu", c’est à ce stade que la littérature “sacrée” est
ritualisée. Septième étape : ceux qui ne sont pas
d'accord sont exclus comme hérétiques.
Les mythes forgent ainsi de véritables corridors narratifs
dans l’histoire. Qui entre là-dedans sait que
sa vie vient d'être harnachée à une trajectoire parfaitement
définie. Tous ses actes suivront le sillon. Il aura beau se débattre,
dénoncer, s’agiter, lutter contre les événements,
crier les évidences les plus concrètes, ses gestes et sa
parole prendront le chemin du canyon comme la pluie finit dans le fond
d’une rivière. Pour faire dérailler le processus,
une seule stratégie possible : écrire lui-même
sa vie et sa philosophie, cacher le rouleau dans la profondeur d’une
caverne en espérant que dans les siècles à venir
un homme, une femme, le trouvera et saura lire avec des yeux vierges... Ce
n'est pas ce qu'a décidé Jésus. Il a voulu affronter
l'Histoire et le Mythe mains nues. Avant de réfléchir
au pourquoi d'une telle décision, tentons de cerner le drame.
Imaginons que naît sous le règne de Tibère un Juif qui,
subitement, prend conscience de sa nature du milieu, divine et humaine,
fils de Dieu, fils de l’homme. Il le fait à un niveau dont nous
n'avons pas idée. En fait, dès son jeune âge, il est
terrassé par
cette double nature. Pas une étoile, pas une montagne, pas un arbre,
pas un brin d'herbe qui ne tournent sa beauté vers lui et ne l'affublent
d'une énergie à tout emporter : “J’ai participé à cette
création” 3 . Cette énergie, cette vie, cette beauté, cet amour qui est
en lui travaille, ici, maintenant, dans toutes les pierres et tous les sols à élever
des cyprès, des oliviers, des sycomores, du sénevé,
du blé et des vignes, il sent cet amour et cette vie en lui. Il ne
la sent pas comme un panthéiste, à la manière d'une
force inconsciente et aveugle, multiple en ses esprits, non! il la
sent dans sa Source même, unique, intelligente, personnelle. Il perçoit
cette Source créatrice dans toutes ses capacités d'engendrer
et d'intégrer, de laisser dévier et de ramener, de diversifier
et d'harmonier, d'engendrer non seulement de la beauté dans les surfaces,
mais de la signification dans les profondeurs.. Bref, son expérience
spirituelle transcende celle d'Élie et de tous les autres prophètes. Cet
homme, ce Juif ne doute pas et ne doutera jamais que ce noyau incorruptible
l'habite, que ce foyer est divin et que ce divin n’a de sens qu’en
s’incarnant, en aimant, en fournissant la vie et l’inspiration.
Il se sait hybride, divin dans ce qu'il peut, humain dans ce qu'il
ne peut pas. Il sait surtout que cette finitude et cette impuissance si propre à l’homme
est aussi essentielle à l’aventure du dépassement de
soi que l’Infini qui l’incite à ce dépassement.
Se voyant au centre d'une telle concentration de toutes les lumières
provenant de tous les astres, de toutes les choses et de toutes les intelligences,
il ne refuse rien de cet amour. Au contraire de nous tous, il accepte d'être
ainsi aimé sans réserve et dans la démesure de la grandeur
universelle. Il se dit à lui-même : "Oui
tout m'aime de façon divine et je le mérite et je le reçois
et je le savoure car en moi, au fond de moi, au tréfonds de moi, je
suis divin". Alors cet homme déborde littéralement
de compassion, c'est-à-dire d'une volonté de tout
intégrer à lui. Comme un miroir trop parfaitement
ajusté, il devient un véritable laser et il ne peut survivre à cette épreuve
du feu qu'en renvoyant à d'autres hommes ce trop d'amour
dont il est victime.
Alors, il descend de la montagne. Il est plein de cette vie qui fait vivre
les moindres brins d’herbe. Inévitablement, dès l'approche
du premier village, il rencontre une âme humaine ordinaire, c'est-à-dire
une âme qui doute de sa dignité, une âme qui ne se croit
pas digne de recevoir tous les cieux, toutes les mers et toutes les montages
que lui jette devant les yeux son divin Créateur. Il rencontre une âme
privée, une âme misérable, une femme peut-être,
cruche sur la tête, allant son chemin vers le puits... Il se produit
ce qui se produit chaque fois qu'un pôle émetteur d'électricité rencontre
un pôle réceptif : l'arc électrique. Cette âme
est abreuvée. L'arbre qui se meurt d'un manque d'eau, de
lumière, de nourriture et à qui la pluie, la lumière
et les provisions arrivent en un seul jour passe de l'agonie à la
vie. C'est la chose la plus banale du monde, banale autant que
rare dans la caverne asséchée de la collectivité humaine.
Il suffit que cet homme rencontre deux ou trois autres âmes affamées
et cet homme est désigné comme Messie. La pluie fait surgir
du désert des milliers de fleurs et prouve ainsi sa divinité.
Il n'en faut pas plus pour les âmes, l'eau vive d'un homme divinement
comblé guérit. Ce qui est si naturel dans la plaine
fertile apparaît miraculeux dans les cavernes d'un grand désert.
Et voilà que cet homme n'a pas de compassion uniquement pour les
seules âmes individuelles, il est touché par l'éprouvante
histoire d'une collectivité qui se refuse à sa propre conscience.
Il voit le peuple comme une seule âme spirituellement mourante. Une
collectivité qui se refuse au conseil de sa conscience oblige la conscience à prendre
un autre chemin. Alors la conscience produit le drame, la tragédie,
plus encore le mythe tragique, c'est-à-dire une architecture de symptômes
dénonçant douloureusement la maladie afin que quelques-uns
voient enfin le malheur et ouvrent d'autres chemins. Bref, notre
homme qui eut l'imprudence de s'exposer à Dieu jusqu'à réaliser
qu'il en était le Fils, Source lui-même, décide d'accepter
d'entrer dans le sillon prophétique du Messie.
Il ne s'en sortira pas vivant. Au contraire, il sait, il le sait trop bien
qu'il devra rencontrer la mort violente du plus misérable des parias.
Non seulement il l'accepte, mais à un moment décisif de sa
vie, il décide carrément de monter à Jérusalem,
de provoquer les prêtres jusqu'à ce qu’ils cèdent
au meurtre, à l’inévitable rituel sacrificiel. Il n'est
pas question de se faire assassiner incognito au tournant d'une ruelle. La
nuit, il disparaît dans quelque lieu secret. Le jour, il se tient parmi
la multitude, là où on n'oserait l'assassiner de peur de subir
les foudres de la foule. Il attend l’heure, il instigue le moment,
il décide du moment. Juda le trahit et par sa trahison, aiguille le
mythe vers son paroxysme. Jésus n’a pas choisi le processus,
il l’a totalement accepté. Cependant, il a choisi
le moment afin que sa mort entre parfaitement dans le sillon
prophétique, car c’est dans le sillon prophétique
et mythique que la conscience (essentiellement divine) peut le mieux dénoncer
la maladie collective du pouvoir et de ses dieux.
Pourquoi un homme aussi intelligent s'est-il lancé dans le jeu sadique
d'un mythe aussi étriqué, macabre et terrifiant?
Le rituel sacrificiel d'un paria ne mène à rien sinon à la
reproduction du sacrifice qui sert justement à maintenir le pouvoir
et les dieux du pouvoir (tel El-Shaddai). Mais si ce paria assume
en plus la mission de représenter tous les parias du peuple, il intensifie à un
niveau ultime et sublime, ce que la conscience veut crier à la collectivité. Élevé sur
la croix, le message ne peut être plus clair : "Regarde,
homme ce que tu fais de l'homme. Pourquoi te traites-tu ainsi? Jusqu'à quand
te crucifieras-tu toi-même? Par mon geste, tu peux voir qu'El-Shaddai
t'abandonne. Il m'abandonne. Je l'abandonne. Il n'est que le pire de toi-même.
Or la Source est le meilleur de toi-même. Et ce meilleur va jusqu'à la
mort pour que tu te voies et prennes enfin leçon du fondement :
tout repose sur la confiance."
Peut-on imaginer qu'un homme aille sur la croix simplement pour que le rituel
s'accomplisse en toute conscience? Cela n'est pas possible si cet homme n'a
pas saisi la nature divine de la conscience, même
de la conscience obscurément collective qui travaille dans la pâte
des foules. Il est entré dans le mythe pour que le mythe fasse son
oeuvre et donc, pour qu’il n’est plus besoin de se reproduire.
On doit comprendre que pour Dieu, la résurrection des morts, c'est
un jeu d'enfant. Les morts ne résistent pas à leur résurrection.
Le difficile, c'est la résurrection des vivants.
Alors, me direz-vous, Jésus a échoué, toute l'Histoire
est restée une vallée de larmes, de guerres, de domination
et le mythe du Messie est perpétuellement reproduit, plus aujourd'hui
peut-être qu'en n'importe quel temps. Jésus savait qu'il allait échouer
et qu'il y aurait encore et encore des milliards d'hommes de peine réduits
en esclavage, des millions de guerriers donnés en chair au canon,
des milliers de parias sacrifiés de toutes les façons. Et pour
ceux-là, il ne pouvait, il ne devait, il ne voulait pas se soustraire
aux tourments. Pour ceux-là, il n'est pas seulement la
conscience qui crie dans le désert, il est la conscience qui participe. Qui
aujourd'hui est pris dans la tourmente d'un rituel sacrificiel sait que l'un
d'entre nous, un frère, l'a assumé sans jamais perdre l'espérance.
Alors Dieu est l'impuissance infinie.
Oui je le pense réellement, Dieu est un au-delà de
ce que nous, nous considérons la "puissance" et cela
prouve que nous ne comprenons rien à la "puissance". Son
mode de puissance n’est pas le nôtre, son mode de puissance
n'a rien à voir avec le meurtre alors que notre mode de puissance à nous
est fondé sur le meurtre. S'il n'avait pas le temps de son côté,
il serait perdu. Mais l'alliance de la bonté et du
temps n'est peut-être pas si impuissante qu'elle ne paraît.
Nous épuisons toutes les manières de nous faire souffrir
nous-mêmes, mais nous ne pourrons éviter indéfiniment
le bonheur de vivre ensemble et en paix.
Beaucoup considèrent que Jésus a assumé la mort de
la croix pour nous “obliger” à l’amour. C’est
le jeu de tellement de mères : “Je me suis sacrifiée
pour toi, alors...”. L’amour poussé au sacrifice n’est-il
pas le plus puissant moteur du pouvoir! Le paria a-t-il d’autre moyen
de pouvoir que son propre sacrifice? Le plus dramatique de l’histoire
humaine, c’est que lorsqu’on est lancé dans la dynamique
du pouvoir, il n’est plus possible de voir autre chose que des joutes
de pouvoir. Rien n’est pur. Dans la “Strada” de Filini,
Gelsominia s’est-elle sacrifiée pour gagner le coeur de son
maître? Est-ce une stratégie du désespoir? La réponse
n’appartient justement plus à Gelsominia, elle appartient au
spectateur, au lecteur du mythe historique. Lui seul peut projeter ou ne
pas projeter le fond de son âme sur tout ce qu’il regarde et
voit, lui seul est garant de lui-même, lui seul peut reconnaître
dans le fond de son âme le murmure de l’amour et de la réciprocité.
Tentons d’intuitionner, sous les Évangiles de Matthieu,
Marc, Luc et Jean, l’Évangile selon Jésus.
Les Évangiles et surtout leur interprétation paulinienne semblent
fortement orientés par le mythe comme s’il fallait concurrencer
le mythe de Mythra, l’inclure et le dépasser, tout en satisfaisant
aux prophéties du Messie dans leur version mystique et sacrificielle.
Cependant, malgré ce travail de “fléchissement” de
l’histoire en vue de répondre aux attentes bien naturelles des
lecteurs du premier centenaire après Jésus-Christ, le
message de Jésus témoigne d’une originalité déconcertante.
Cet être, non seulement a accepté d’aller au bout du mythe
pour témoigner de la conscience collective à l’oeuvre
(Que fais-tu de toi-même?), mais bien plus, il a exprimé et
manifesté un esprit si puissant qu’il transparaît à travers
les maquillages les plus lourds.
J’ai tenté l’expérience d’extraire des évangiles
canoniques un certain nombre de paroles qui ne me sont pas apparues “adaptées” au
mythe, quelque chose qui a échappé et qui témoigne du
message de Jésus. Pour éviter toute redondance, je n’ai
pas répété dans Marc ce qui était dans Matthieu,
ni dans Luc ce qui était dans Marc et Matthieu...
Après ce “résumé” des évangiles,
trois thèmes s’imposeront à notre réflexion.
Notes de bas de pages
1. Le
fondement philosophique de cette intuition n’est peut-être
rien d’autre que le noeud gordien de la conscience. Le temps
et l’éternité sont impensables l’un sans
l’autre. Certes il est facile d’imaginer que l’éternité des
lois se projette sur le temps (c’est la vision du mythe,
c’est aussi la vision des sciences classiques), mais il est
tout aussi facile d’imaginer que le temps se projette sur
l’éternité (c’est la vision de la phénoménologie).
Les Hébreux ont saisi qu’il est impossible pour la
conscience autant que pour l’intelligence de sortir de la
réciprocité de cette relation. (Retour
au texte)
2. L’histoire
peut-elle être autre chose qu’une résistance
au désir ayant pour tâche de faire maturer le désir
jusqu’aux agrandissements incommensurables de l’amour. (Retour
au texte)
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