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PRÉSENTATION INITIALE
Rien de plus terrible que découvrir et veiller
ce qu’il est convenu d’appeler un chef-d’œuvre.
Cet effroi prend de l’ampleur quand l’œuvre à
voir est l’adaptation d’un autre chef-d’œuvre.
C’est justement à cette expérience que nous convie
le film de Robert Bresson Journal d’un curé de campagne
présenté au public dès 1951, adaptation et interprétation
raffinées du célèbre roman de Bernanos paru en 1936
et vite reconnu comme un « incontournable » dans le monde
littéraire et l’analyse du drame spirituel et religieux de
cette époque.
L’œuvre de Bresson attire l’attention sur l’itinéraire
d’un jeune prêtre, mis à la tête d’une
paroisse du nord de la France après les années de la laicisation
radicale de la loi Combes (1905), du relèvement socio-économique
difficile après la guerre de 1914-1918, d’une Église
catholique exilée à l’intérieur et exclus depuis
des décennies des enjeux majeurs du destin national. Cette Église
survit et se survit à peine. L’Église catholique est
réduite à des vestiges religieux d’ancien régime
et, dans les campagnes, au Ba-Ba pastoral de la « cure d’âmes
». Dans ce contexte étroit le jeune curé d’Ambricourt
exerce un ministère sans cesse contesté mais où les
drames les plus fondamentaux de l’existence humaine affleurent à
tout instant et demandent à grands cris présence et attention.
Ce jeune prêtre n’a pas d’autre lieu de présence
et d’action pastorales que le lieu de son propre cœur, de son
humanité, d’une vérité qu’il dévoile
et consigne jour après jour dans un dialogue intérieur remarquable.
Jusqu’à l’aventure ultime qui est celle de la mort
et de la lutte avec l’Essentiel.
Pour des raisons de disponibilité culturelle et esthétique,
il nous est nécessaire de nous dépouiller de nos images
culturelles du clergé québécois des mêmes périodes
évoquées par Bresson et Bernanos. Les rapprochements sont
inévitables mais ils risquent, si nous les entretenons, de nous
barrer la route et de troubler la vision. Le monde qui nous est présenté
est « autre » et le meilleur moyen de le découvrir
c’est d’accepter qu’il nous soit vraiment « étranger
». Ainsi se maintient la tension du dialogue avec une œuvre
d’art. Comme l’évoque si bien Rainer Maria Rilke :
« Le Beau est le commencement de Terrible ».
Bon visionnement et heureuse découverte !
Gilles Bourdeau
Le 2 octobre 2005
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| JOURNAL D’UN CURÉ DE
CAMPAGNE
DE ROBERT BRESSON
QUELQUES IMPRESSIONS
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Je ressens une sympathie profonde à
l’égard du personnage central de ce film de Bresson, le jeune
curé d’Ambricourt, et une connivence pour les questions de
fond soulevées par les « stations » de ce chemin emblématique
et bouleversant. Toutes proportions gardées il me semble être
le contemporain, au sens même que Soren
Kierkegaard donne à cette expression, de ce « pauvre
enfant » investi d’une paroisse et de la « cure d’âmes
» et porteur d’une quête spirituelle qui déborde
constamment son rôle. Je ne m’identifie pas à un contexte
qui n’est pas le mien mais à une « vocation »,
au sens barnanosien, que je choisis et vis dans des événements
comparables mais jamais identiques.
Mes impressions proviennent d’un cœur inquiet qui ressent,
à l’occasion de ce film et de la trame narrative du roman,
la question que pose Angelus
Silesius dans Le Pèlerin chérubinique : «
L’abîme de notre esprit appelle à grands cris l’abîme
de Dieu. Dis-moi lequel est le plus profond ? » Ou comme le dit
Tennessee
Williams dans sa pièce de théâtre Un tramway
nommé désir : « Quelquefois…Dieu est là…si
vite. » Je me sens touché, profondément touché,
par un semblable, par ses expériences limites et ses questions
ultimes, par les autres et l’Autre, par une réciprocité
rarement exaucée et par une agonie diffuse et interminable.
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1 |
Un semblable au visage et aux « yeux
fascinants » !
Bresson réussit dans ce film à changer la
profondeur de l’écriture passionnée et de la parole
vive de Bernanos par la mise en scène d’images et de visages
intenses et inoubliables. La parole si forte du roman est utilisée
maintenant comme un support de fond pour éclairer ces visages qui
regardent, se regardent et nous pénètrent, avec des ténèbres
et des lumières qui voilent et dévoilent des expériences
humaines et spirituelles si difficiles à vivre, à nommer
et à résoudre.
Cette intensité du « visage » est particulièrement
vraie pour le personnage central, le curé d’Ambricourt, dont
les yeux fascinent la jeune Séraphita et ses compagnes de catéchisme
et interpellent le docteur Delbende qui s’identifie avec le curé
de Torcy à un tel pouvoir. Après les avoir évoqués
durant cet examen médical où le jeune curé est étendu
sur sa table de consultation, Delbende délimite un cercle de privilégiés
qui a pour mission de « faire face ». Du début jusqu’à
la fin, ce curé fragile est réduit au vêtement de
son corps,- « le mystique est d’abord son propre corps »
écrit avec justesse Michel de Certeau-, recueilli et offert dans
une symphonie de regards successifs où tant d’émotions
effleurent et éclatent : de la timidité à l’humiliation,
de la curiosité à l’émerveillement, de la stupeur
à la détresse. Dans son visage passent angoisses et fascinations,
mais si rarement un air de bonheur sauf avant d’aller à sa
condamnation lorsqu’il goûte, sur la moto d’Olivier,
à l’ivresse d’une jeunesse qu’il n’a pas
eue et qui ne lui est donnée que dans le pressentiment de mourir.
Mais quel visage dégagé et aérien.
En fixant ce visage innocent et extasié, j’ai l’impression
d’accéder à l’une des plus belles interprétations
des propos du philosophe Emmanuel Levinas sur le visage dans son ouvrage
Totalité
et Infini, Essai sur l’extériorité (1965)
: « L’épiphanie du visage comme visage, ouvre l’humanité.
Le visage dans sa nudité de visage me présente le dénuement
du pauvre et de l’étranger ; mais cette pauvreté et
cet exil qui en appellent à mes pouvoirs, me visent, ne se livrent
pas à ces pouvoirs comme des donnés, restent expression
de visage…La présence du visage -l’infini de l’Autre-
est dénuement, présence du tiers (c’est-à-dire
de toute l’humanité qui nous regarde) et commandement qui
commande de commander. » (Cf. page 188, Section B, Visage et Éthique,
168-195) Cela vaut pour la volonté de défiguration qu’exprime
Chantal dans une conversation avec le curé d’Ambricourt en
parlant de Louise : « Je la détruirai, je la tuerai…je
lui crèverai les yeux ».
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2 |
Expériences limites et questions ultimes.
Elles convergent les unes vers les autres, plus vécues
que résolues. Je suis touché par les expériences
suivantes :
* les morts et la mort : la femme de Monsieur Dabragars,
le fils de la comtesse et la comtesse elle-même, le suicide du docteur
Delbende, la volonté de vengeance de Chantal à l’égard
de son père et de Louise, les allusions d’Olivier aux morts
par honneur de la Légion, et surtout la mort du jeune curé
diagnostiquée par un médecin voué lui-même
à la mort (ce qui est une donnée du roman et non du film)
qui la retarde par des traitements extrêmes et cet accompagnement
des dernières heures par un confrère qui se méprend
sur sa condition réelle et sur celle de sa compagne qui l’assiste
comme un malade sans qu’il ne le réalise…Il n’y
a de véritable lumière sur le « mourir » que
dans l’échange- un combat en réalité- entre
la comtesse et le jeune curé et la mort de ce dernier dans une
discrétion absolue. La mort et le mourir sont placés devant
les enjeux du salut, de la grâce et de la paix… « Je
l’ai laissée avec Dieu, en paix » peut dire le jeune
curé en parlant de la comtesse à son maître de Torcy,
anticipant ses propres derniers instants où le rien avoisine la
grâce.
* la nuit de la foi : il est fascinant de voir Bresson,
tout comme Bernanos,
mettre en lumière le drame central de l’expérience
religieuse qui est celui de la foi et de déplacer littéralement
la lecture conventionnelle du rôle sacerdotal (sacramentalité,
ritualité).Dans ce film tous les vivants sont au bord de l’essentiel,
en lutte avec l’Invisible et/ou l’Absent, dans un doute fondamental
(Delbende et son athéisme déclaré, la comtesse, Olivier,
le curé) et en train d’en mourir. Dans plusieurs scènes,
le vide et le rien sont substitués au plein et au sens comme si
Dieu se retire et/ou brise les siens… « Dieu s’est retiré
de moi… », « Il m’a brisé » confesse
dramatiquement le jeune curé. D’autres « font »
avec les croyances et les cérémonies et s’en accommodent
même si elles sont privées de signification existentielle…
* l’épreuve de la prière : le curé
d’Ambricourt vit cette nuit de la foi dans une crise radicale de
la prière pour laquelle les conseils de l’abbé de
Torcy semblent plus ascétiques que mystiques, portant davantage
sur les encadrements,- comme sur la nourriture et la discipline de vie,
« faire des petites choses », s’occuper quoi !- que
sur un renouveau de fond qui serait celui de l’approfondissement
de l’expérience de Dieu, de la relation avec Jésus
et de l’itinéraire intérieur. Ce qui accentue le drame
personnel et la difficulté d’intégrer les conseils
donnés auxquels le curé assiste plus qu’il ne consent.
Le moment où il pleure est à cet égard bouleversant
et révélateur : il n’y a pas de consolation dans cette
aridité. Que de scènes fascinantes de prière et de
vision où le regard et les yeux se font suppliants et tombent presque
dans le néant ou dans la perception d’une voix ou d’une
main, à la limite du délire et de l’irréel
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3 |
Les autres et l’Autre : personnages et/ou
personnes !
Dans une société dominée par les
vestiges des vieilles classes sociales, les fonctions et les rôles
enveloppent les personnes, anticipent leurs gestes et déterminent
leurs paroles. Le film rend bien cet univers où, à part
les enfants et quelques figures, les gens n’ont de nom que le titre
de leurs fonctions et ce qu’on attend d’eux. Il y a quelques
familles de personnages dans ce film :
* les fonctions : curés et chanoine, comte et
comtesse, médecins, marchands, le député-maire, même
Dieu qui est plus fonction que repère personnel de confiance,
* les mineurs ou des jeunes qui ont pour le moment un
nom : Séraphita, le fils aîné de la comtesse Louis-Robert
mort en bas âge, Louise, Chantal et le cousin Olivier,
* les pauvres et les humbles qui n’ont rien d’autre
à offrir et à partager que leurs personnes et parfois leurs
noms de familles ou de personnes, Madame Dumouchel, la responsable du
café, la femme de ménage, Louis Dufréty,
La frontière entre personnages et personnes est franchie dans une
série impressionnante de brisures personnelles et relationnelles…ce
jeune curé qui n’a jamais de nom et qui est facilement affublé
dans le milieu paroissial du titre d’ivrogne perd tout masque et
montre sans cesse la vérité déconcertante de ce que
c’est que de s’en tenir à la simplicité. «
Elle les brûle » déclare le chanoine en ambassade auprès
du jeune prêtre. De même Delbende, la comtesse, Chantal, et
Olivier vont franchir cette zone « zéro » des rôles
à tel point que, dans cette œuvre de Bresson, ils apparaissent
comme des « personnages » qui, de surcroît, «
jouent » mal leur rôle.
La cassure la plus profonde touche l’image de Dieu, ce qu’il
devrait être et ce qu’il est, faisant de lui moins l’Absent
mais bien la Présence déterminante de tout ce film. Les
relations entre les personnes, les murmures et les conversations entre
elles ont presque toujours lieu en présence d’un Dieu masqué/arrangé
ou démasqué/dévêtu pour enfin être révélé
dans quelques paroles prophétiques, déclamées et
rarement accueillies : la dernière rencontre entre la comtesse
et le curé d’Ambricourt évolue d’un Dieu moulé
et figé à une présentation de la personne de Dieu
et de ce qu’il pourrait être si « on » cessait
de le déformer (cf. scène du médaillon).
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4 |
Une réciprocité difficile : soliloques,
dialogues et prières.
Les paroles ne sont pas nombreuses dans ce film mais elles
sont déterminantes. J’en distingue trois types qui proposent
aussi trois genres de silences et de discours :
* la conversation intérieure, discours constant
de soi à (soi) l’âme, le soliloque (cf. Augustin et
les Confessions et Thérèse de l’Enfant-Jésus
et son autobiographie Histoire d’une âme). Du début
jusqu’à la fin de ce film et dans des conditions extrêmes,
le jeune curé confie et se confie dans un journal intime où
il identifie et nomme progressivement son vécu et sa signification.
Le retour constant à son acte d’écrire et à
sa parole en arrière-fond est l’entrée dans son existence
réelle, sa vie intérieure. À deux moments Bresson
lui donne priorité même dans des conversations en cours.
Ce niveau de conversation intérieure donne l’heure juste
sur ce que ressent et vit le jeune curé pendant qu’il est
avec d’autres et tente de les écouter comme avec la comtesse
ou le curé de Torcy…
* les dialogues sont sobres et s’achèvent
parfois abruptement. Aller plus loin aurait des répercussions que
peu de personnes pourraient supporter. Certains dialogues se détachent
par la densité du temps et l’intensité du contenu
: les conversations avec la comtesse, Séraphita, le curé
de Torcy, Chantal, Olivier, Louis Dufréty et sa compagne. Plusieurs
échanges ouvrent des portes qui ne seront jamais refermées
ou en ferment d’autres qui ne seront plus rouvertes. Chaque personnage
parle, converse, déclame, prophétise (cf. Levinas) sans
forcément terminer ce qui est initié. La vie le permet-elle
vraiment ?
* un autre registre du langage est celui de la prière
(cf. Maurice Nédoncelle, Prière
humaine, prière divine et sa lecture personnaliste d’une
prière horizontale et d’une prière verticale). Dans
ce film, plusieurs personnages se prient et ne s’exaucent pas, sauf
peut-être le curé et la comtesse, le curé de Torcy
et le curé d’Ambricourt, Olivier et le jeune curé,
Louis Dufréty au chevet de son confrère agonisant…Dans
cet univers de rites et de formules reste saisissant le murmure de ce
jeune prêtre adressé à Dieu qui semble osciller entre
l’appel et l’écoute, la surdité et la réponse…
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5 |
Une agonie diffuse et interminable ! Le film de Bresson
nous introduit dans « l’agonie » du curé d’Ambricourt,
de ses premiers malaises notés dans son journal ou vécus
avec gêne en présence de la comtesse, à ceux plus
manifestes au fil du vécu jusqu’à ces chutes qui le
poussent à consulter ou à s’évanouir sur la
route. La souffrance l’occupe en permanence jusqu’à
ce qu’elle soit identifiée comme un cancer, « cette
chose me fait honte » avoue-t-il. Dans une conversation avec le
curé de Torcy, le jeune prêtre parle de son entrée
volontaire au jardin des Oliviers où il se déclare «prisonnier
de la sainte agonie». La suite des événements intensifie
sa participation à une existence interprétée en termes
de douleurs, d’agonie et de mort. Je note, pour ma part, des scènes
qui projettent l’isolement, l’abandon et la disparition d’un
tel vivant :* isolement linéaire, spatial et relationnel : arrivée
et départ de la maison, si seul à bicyclette, seul dans
sa cuisine et tellement isolé dans sa chambre, s’il est rencontré
il est vite soupçonné et exclus, toujours étranger
et exilé autant religieusement que culturellement même dans
le clergé… enfant, poète, simple…pauvre génétiquement
et socialement
*abandon et désolation/déréliction :
deux scènes expriment l’intensité de cette participation
extrême à une passion dont il éprouve le pouvoir de
dissolution jusque dans son estomac et ses entrailles :
1) dans sa cuisine, couvert de son manteau, assis sur un tabouret, entre
la table et le petit poêle qui ne le réchauffe jamais, une
bouteille de vin posée au mauvais endroit veille l’inévitable
et un bol est posé sur un tabouret,
2) et surtout cette scène où il est seul dans une pièce
encombrée de son confrère Louis Dufréty ; c’est
la dernière fois que la caméra le montre ; il échappe
un crayon de mine et des feuilles détachées, il s’enveloppe
d’une couverture de laine trouée et minable, il titube sans
réussir à rejoindre la fenêtre et, finalement, il
prend place sur une vieille chaise de paille, son regard est perdu, il
est sans parole et totalement dépouillé, tout est fini,
plus rien à dire et plus rien à écrire,
3) il est difficile de ne pas y voir une symbolique de la déréliction
; un prêtre voué à la communauté et à
la communion est réduit à souffrir isolé et à
passer « dans l’au-delà » sans attention et sans
présence significatives, ne comptant que sur ce qui lui reste d’esprit
et confessant l’essentiel à un autre exclus: « Qu’est-ce
que cela fait ? Tout est grâce ! » Nous sommes au bord de
l’absurde et de l’Absolu. Cette parole d’adieu que recueille
son confrère exprime ce que le jeune curé d’Ambricourt
écrit ultimement dans son Journal : « Il est plus facile
que l’on croit de se hair. La grâce est de s’oublier.
Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces
serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe
lequel des membres souffrants de Jésus-Christ. » (Bernanos,
Œuvres romanesques, page 1258)
* faire-part de son décès et tombeau énigmatique:
quelle scène étonnante que celle où Bresson fait
lire la lettre de Louis Dufréty, adressée au curé
de Torcy, devant une croix noire sur un fond blanc. On dirait l’image
mortuaire du fils de la comtesse que nous apercevons entre ses mains lors
d’une conversation intense entre elle et le curé. On y apprend
ses dernières heures, ses dernières paroles et puis plus
rien, même pas un lieu et un nom où le visiter et le vénérer,
que le lieu de la croix et du dénuement, plus pauvre que les pauvres.
Je trouve bouleversant, plus dans le film de Bresson que dans le roman
de Bernanos, le sort de ce jeune curé après sa mort…Quelques
mots écrits par un exclus pour signaler à un officiel que
n’existe plus l’un des leurs qui a connu « le secret
perdu », le grand secret et qui s’efface désormais
devant le vide d’un suaire et d’une croix nue.
Gilles Bourdeau, ofm.,
Le 2 octobre 2005
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QUESTIONS
Le diaporama des
questions |
1. Quelles sont les scènes où dominent
les « visages » qui vous fascinent le plus et quelles interprétations
en donnez-vous ?
2. Ajouteriez-vous aux expériences limites et aux
questions ultimes évoquées dans le film de Bresson ? Quel
jugement porter sur le traitement qu’il en fait ?
3. Ce film de Bresson est-il « contemporain »
? |
APPENDICE |
FILM/ROMAN : THÈMES DONT JE REGRETTE L’ABSENCE DANS LE FILM
*Bresson a retenu les expériences-limites (peak
experiences) qui sont aussi dans le roman de Bernanos :
amour-mort,
haine-vengeance,
mal-salut et grâce,
perte-brisure et salut
expérience religieuse et itinéraire des âmes
*Bresson, après un examen soigneux, ne retient pas les débats
contextuels qui sont dans le roman
- les débats et les tensions sur la chrétienté et un
christianisme prophétique (Évangile vs institution)
- les discussions vives sur la prééminence des pauvres et
de la pauvreté, donc un christianisme social et critique
- deux visions du service et de l’accomplissement de soi dans le clergé
qui sont aussi deux visions de l’Église : une Église
de l’Ordre avec des fonctionnaires cléricaux qui en assurent
la garde et une Église du « feu et de la prophétie »
incarnée par une nouvelle génération de prêtres
et par les moines, ces jeunes prêtres sont plutôt « minorisés
», traités d’enfants, de simples et de « poâtes
» (vers 1950 France pays de mission, naissance progressive des prêtres-ouvriers…)
- la ligne forte de la centralité/primauté de l’expérience
religieuse et de la foi en relation avec l’expérience de l’athéisme
ambiant et/ou de la laicité institutionnelle et idéologique
(Delbende, médecin consulté qui discute son incroyance)
- deux visions de l’armée (la Légion) : du soldat-croisé
au militaire, homme aveugle et anonyme…cf guerre d’Espagne,
aviation, prépondérance de la guerre et interventions coloniales
musclées en Algérie surtout depuis 1945… |